La politique protectionniste des États Unis

6 sep 2019
USD YEN

par Gestion d’actifs multiples CI

On parle de politique économique protectionniste lorsqu’un pays tente de résoudre ses problèmes économiques en faisant appel à des moyens qui ont tendance à aggraver les difficultés économiques d’autres pays. Au cours des dernières semaines, la guerre commerciale s’est transformée en une guerre potentielle de devises dans laquelle les pays dévaluent leur propre monnaie pour obtenir un avantage concurrentiel sur leurs exportations. Nous avons vu des cas dans le passé où des mesures de politique monétaire non traditionnelles (assouplissement quantitatif, taux d’intérêt négatifs) ont indirectement provoqué la dévaluation des monnaies, mais la principale préoccupation cette fois-ci concerne la politique visant le taux de change de la Chine.

Le problème a commencé à s’intensifier le 1er août 2019 lorsque le président américain Donald Trump a annoncé qu’il imposerait des tarifs douaniers sur pratiquement toutes les importations en provenance de la Chine sur lesquelles aucun tarif douanier ne s’applique actuellement. La Banque populaire de Chine a réagi rapidement en laissant sa monnaie subir la plus importante dépréciation depuis 2015 par rapport au dollar américain, pour s’échanger à plus de sept yuans par dollar américain, un niveau qu’elle avait évité ces dernières années. Les États-Unis ont rapidement accusé la Chine de manipuler sa devise. Les investisseurs étaient consternés par le fait qu’aucun accord commercial ne pointait à l’horizon, surtout si l’on tient compte du fait que ce conflit survient à peine quelques semaines après que les deux pays aient engagé un dialogue constructif. Face à la menace croissante qui pèse sur la croissance mondiale, les rendements obligataires ont chuté et les marchés boursiers ont subi des baisses par rapport à leurs niveaux records.

Dévaluation des monnaies

Les opinions sont partagées en ce qui concerne cette dévaluation. Certains croient, d’une part, que la Chine a mis un terme à toute discussion constructive pour tenter de déstabiliser les marchés financiers mondiaux. Puisque les actions en Chine ne sont détenues que par une petite minorité de citoyens chinois, les décideurs politiques ne se préoccupent pas de savoir si les prix chuteront à court terme. En revanche, les actions américaines sont détenues par de nombreux citoyens américains et Trump considère la progression des marchés comme un baromètre de son succès. Par contre, un recul important des marchés boursiers pourrait compromettre ses chances d’être réélu. D’autre part, certains croient que l’économie chinoise s’essouffle et les décideurs politiques de la Chine réagissent tout simplement de manière à soutenir les producteurs locaux. 

Aux États-Unis, la Réserve fédérale américaine (la « Fed ») pourrait être forcée d’intervenir pour affaiblir intentionnellement le dollar. En effet, Trump a intensifié son attaque incessante contre la Fed dans une série de gazouillis dans lesquels il a réitéré sa demande de réduction des taux d’intérêt, ce qui affaiblirait le dollar. La dernière attaque de Trump réitère une série de critiques, rompant la tradition de la Maison-Blanche vieille de presque trois décennies de ne pas critiquer publiquement la banque centrale, une institution indépendante. Alors que les données économiques inquiétantes s’accumulent, lesquelles de nombreux économistes attribuent aux tarifs imposés par Trump et aux incertitudes suscitées par la guerre commerciale qu’il mène contre la Chine, la question ouvertement débattue reste de savoir si une baisse des coûts d’emprunt suffirait à compenser les dommages causés par cette guerre commerciale.

Quelle est la suite pour les États-Unis et la Chine?

L’intensification de la guerre commerciale pour aggraver la situation économique mondiale. En revanche, un gazouillis de Trump évoquant une avancée décisive avec son « bon ami », le président chinois Xi Jinping, pourrait rapidement changer l’attitude du marché. Depuis la dévaluation, Trump a annoncé qu’il reporterait l’imposition des tarifs, initialement prévue pour le 1er septembre 2019, jusqu’en automne. Si l’on tient compte de la corrélation négative entre les obligations et les actions, le risque de baisse de nos portefeuilles est alors atténué. Nous continuons de surveiller les marchés et conservons des pondérations suffisantes de liquidités et d’obligations, ainsi qu’une petite quantité d’or face à une volatilité accrue.

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